Décrypter le rapport annuel du Forum économique mondial


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Le Forum économique mondial (FEM) a récemment publié son Global Competitiveness Report. Le rapport annuel propose un indice chiffré pour chaque pays, et un classement de l’ensemble des États du monde, par ordre de performance. Le Canada obtenait cette année le douzième rang, perdant deux places par rapport à l’édition de l’an dernier. Il faut noter que le pays est premier, à l’échelle mondiale, dans la catégorie « stabilité macroéconomique ». Malgré une bonne performance globale, on note que le peu d’investissements publics dans la recherche et le développement, ainsi que le faible emploi des technologies d’information et communication plombent la position du Canada.

La publication du rapport annuel de la compétitivité des États est un bruyant passage obligé, suivi de très près par les décideurs du monde des affaires et les classes politiques du monde entier. Annoncé en grande pompe et repris en boucle dans les médias, ce document a valeur de véritable évangile. Cette crédibilité est-elle justifiée ? Avant de répondre à cette question, précisons ce qu’il cherche à mesurer.

Global Competitiveness Report vise à mesurer la compétitivité des États. D’abord pensé pour l’entreprise privée, le concept de compétitivité revêt un sens très précis lorsqu’appliqué aux pouvoirs publics, leur assignant la mission centrale d’« attirer les investisseurs étrangers et de les garder à domicile ». Un État compétitif a ainsi pour fonction de veiller au bien-être du capital qui s’installe sur son territoire. À la lecture du rapport du FEM, il est clair que les États sont en concurrence les uns avec les autres pour se montrer charmeurs aux yeux du big business et qu’ils doivent, pour ce faire, modifier en profondeur leurs politiques. Le FEM présume ainsi que le succès des entreprises privées débouchera « automatiquement » sur le bien commun.

Un classement par et pour les grandes entreprises

La grande majorité des indicateurs employés dans le calcul menant à la note des pays relève de… sondages ! Les dirigeants des plus grosses entreprises – les top business executives, laissant peu de place aux PME – de chaque pays sont invités à donner une note, allant de 1 à 7, sur une série d’énoncés liés à leur facilité à faire des affaires. La part accordée à cette enquête d’opinion varie d’une édition à l’autre, mais a déjà, par exemple, représenté 70 % des critères retenus. Les PME devraient être sceptiques : ce rapport n’a pas été conçu pour elles, malgré certains indicateurs dignes d’intérêt.

L’objectif revendiqué est d’influencer les pouvoirs publics, soit de « permettre la surveillance, au fil du temps, des secteurs les plus problématiques de la compétitivité des pays » et d’« aider les décideurs à choisir leurs priorités ».

Les questions ne portent pas uniquement sur les coûts (main d’œuvre, niveau d’imposition), mais aussi, notamment, sur le développement technologique, la flexibilité du droit du travail, les infrastructures, la capacité du système d’éducation à former des travailleurs qualifiés, etc.

On pourrait être porté à crier au travers méthodologique. Ce serait faire fausse route. Si la compétitivité d’un État repose sur la capacité de ce dernier à attirer les investisseurs, il va de soi qu’il s’agit d’une opération de séduction auprès de ceux-ci. Douter du procédé de l’enquête d’opinion revient plutôt à « contester les bases du concept de compétitivité en lui-même ». Le problème de ce rapport ne se trouve pas dans la méthodologie, mais dans son projet.

Parce qu’il crée une course à la bonne position dans le palmarès, il est clair que le rapport annuel du FEM est un outil particulièrement efficace pour transformer les politiques gouvernementales en fonction des intérêts des plus importants possesseurs du capital.


À propos de l'auteur

Simon-Pierre Savard-Tremblay

Simon-Pierre Savard-Tremblay

Analyste des questions de société, Simon-Pierre Savard-Tremblay termine un doctorat à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris. D’abord impliqué en politique il y a plusieurs années, il commente aujourd’hui l’actualité dans le cadre de diverses collaborations médiatiques. Citoyen et intellectuel engagé, il est l’auteur de livres consacrés au Québec et aux enjeux mondiaux.

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