Le défi des organisations : investir dans l’humain


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Crédit photo : Courtoisie

Comme tout le monde, il arrive qu’Hubert Makwanda dépasse ses limites. Il s’en rend compte rapidement par les signes comme un mal de tête ou un problème de digestion.

L’homme décompresse en empruntant ses gants de jardinier. Avec bonheur, il joue dans la terre en plantant des vivaces ou un arbuste. « Parfois, je pense qu’une plante est morte et quelques années plus tard, elle refleurit à ma grande surprise. »

Dans une entreprise, compare-t-il, les décideurs pensent parfois que certaines personnes ne servent plus à rien. L’origine du problème provient dans certains cas du jardinier lui-même. « Quand on ne sait pas comment utiliser une plante, c’est facile de dire qu’elle n’est plus bonne. »

Investir et croire dans le potentiel d’un être humain prend du temps.

« L’enjeu c’est de continuer à croire aux personnes et à leur pouvoir transformateur alors qu’on vit dans un monde complexe où tout va vite. »

Foi

Sur place en milieu de travail, M. Makwanda entend les confidences des employés. « Plusieurs ont perdu la foi dans l’organisation. Ils n’y voient qu’un lieu où ils vont gagner un salaire. »

« La perte de la foi, dit-il, c’est la perte de l’essence du travail parce qu’on ne fait pas assez confiance à l’intelligence de nos collaborateurs. »

De là l’importance de créer un espace où l’on peut discuter, parler et communiquer. Ces moments de dialogue permettent aux gens de comprendre le sens des décisions et les raisons de leur engagement.

La valeur principale

Dans ses interventions, M. Mawanda aperçoit la mission, la vision et les valeurs inscrites en lettres bleues ou noires sur les murs. « Je me pose la question : à quoi cela sert d’afficher ses intentions stratégiques si on ne parvient pas à incarner une seule de ces valeurs ? »

En 2018, la valeur fondamentale, selon lui, demeure le respect de la dignité humaine. « Si on ne prend pas la peine de faire confiance au jugement d’un travailleur, cela signifie qu’on ne le respecte pas. »

M. Mawanda est encore témoin de licenciements sauvages d’employés qui ont consacré 30 ou 40 ans de leur vie pour un seul employeur. Ce dernier n’incarne nullement le respect lorsqu’un gardien de sécurité ordonne à un gestionnaire de prendre ses affaires et de quitter sur le champ sous les yeux des autres collègues, ébranlés par cette éviction soudaine.

Bien des gens se valorisent par un titre, un emploi, un salaire. « S’ils n’ont plus leur bureau, ils n’ont plus d’identité. La considération des personnes, le respect de la dignité humaine, c’est la première valeur qu’on doit garder en tête », croit-il.


Témoin de la détresse humaine

Depuis les 15 dernières années, le président de Concilium Capital humain rencontre le personnel et les dirigeants d’entreprises issues de différents milieux. Son constat est alarmant.

« Je découvre que nos organisations sont de plus en plus malades et on le cache et on en a honte. »

Il est souvent témoin de la détresse humaine dans l’entreprise, vécue en silence. « Cela est tabou, dit-il, de montrer sa vulnérabilité liée à la perte de sens de son travail. Ces gens ont un sentiment d’impuissance comme s’ils étaient un cheval de course vieillissant ou blessé qui ne peuvent plus contribuer à la victoire du jockey. »

« Nous sommes dans une société de performance qui ne tolère plus la vulnérabilité »

Le rôle du leader

Un dirigeant d’entreprise aurait intérêt à être authentique sur le plan humain. Car la vulnérabilité a sa place dans le monde du travail. « Si un leader accueille sa propre vulnérabilité et le permet dans son organisation, l’entreprise devient plus humaine et paradoxalement plus performante. »

Alors, la réussite collective devient un moteur pour une productivité durable. « Si un joueur dans l’équipe est blessé, la course peut se poursuivre parce qu’il bénéficiera du soutien des autres. »

Pourquoi évite-t-on de parler de nos épreuves? lui demande-t-on. « Parce que nous vivons dans une société qui a épousé des valeurs masculines. Sois fort, dépasse-toi, entend-on. Et pour bien des femmes, ajoute-t-il, ce n’est quasiment pas permis de pleurer. »

Ces stéréotypes masculins semblent profondément ancrés dans l’inconscient collectif. « On pense que nous en sommes libérés, mais on les porte encore dans notre ADN. »


À propos de l'auteur

Annie  Bourque

Annie Bourque

Recherchiste d'expérience devenue journaliste-pigiste pour différents magazines. Annie aime raconter le parcours de gens inspirants et mettre en valeur des femmes et des hommes qui osent emprunter un chemin différent.

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