Servir et se divertir en français à Laval : un défi de tous

Servir et se divertir en français à Laval : un défi de tous les jours


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Si on regarde de plus près les devantures des commerces de plusieurs quartiers de Laval, on pourrait croire que, pour certains, le plaisir est plus intense s’il s’affiche en anglais. Dans le domaine du divertissement, la tendance à l’usage de l’anglais comme marque de commerce est remarquable dans presque 50 % des cas. Alors que la Chambre de commerce et d’industrie de Laval lance une seconde campagne de valorisation du français au travail dans les commerces de détail, observons de plus près l’évolution de notre rapport à la langue française au fil des jours.

Des hauts cris ont été lancés dans plusieurs médias lorsque le récent Rapport sur l’évolution de la situation linguistique au Québec, présenté par l’Office québécois de la langue française (OQLF), a confirmé que l’usage de la langue française régresse dans la majorité des services à Montréal, selon le recensement de 2016. Dans les commerces, les consommateurs se font plus souvent accueillir par un « bonjour/hi », ou carrément en anglais, et ce, de façon indifférente pour un grand nombre d’entre eux, surtout chez les 18-34 ans.

Remettons la réalité de l’avant. Selon l’OQLF, l’usage à Montréal du « bonjour/hi » est passé de 4 % à 8 % et, dans les zones périphériques comme Laval, non étudiées spécifiquement, rien n’indique que son usage est aussi présent.

Sauf qu’en janvier 2018, la Société Saint-Jean-Baptiste de Laval s’alarmait d’une statistique indiquant que, malgré une population comptant 7 % d’anglophones, quelque 17 % des Lavallois considéraient l’anglais comme leur première langue officielle parlée.

Plus de fun en anglais ?

Ce n’est pas d’aujourd’hui que les habitudes de consommation dans le divertissement sont dominées par une offre omniprésente de produits en anglais : l’OQLF a constaté que « les choix relatifs à la langue des activités de la lecture, l’écoute de la radio, de la télévision, de films et de chansons ainsi que l’assistance à des spectacles varient d’un groupe linguistique à l’autre. En 2014, les francophones privilégiaient généralement le français dans leurs activités, sauf pour ce qui est de l’écoute de chansons, le français et l’anglais (se retrouvaient) à égalité (35 %) et l’anglais uniquement (36 %) étant les choix les plus répandus. Parmi les francophones, les jeunes étaient les plus enclins à choisir des produits culturels en anglais. »

C’est au niveau générationnel que le bât blesse. Les plus jeunes, qu’ils soient francophones ou allophones, subissent une attractivité grandissante de l’anglais dans leur vie de tous les jours, notamment à cause de leurs accès à diverses plateformes numériques. Laval ne fait pas exception. Il suffit de se promener dans les commerces et sur la rue pour en constater la présence.

Bien des analystes estiment que le bilinguisme est en cause. En effet, l’OQLF constate que la proportion de la population se déclarant bilingue est passée de 28 % en 1971 à 45 % en 2016.

Travailler dans les deux langues

Laval, tout comme Montréal, connaît une forte augmentation de sa population allophone qui offre des services professionnels et qui ouvrent des commerces spécialisés dans le tourisme, le divertissement et les loisirs.

Les observations de l’OQLF indiquent qu’en 2018, « près de la moitié (46 %) de la clientèle résidant dans la région montréalaise (avait) été accueillie récemment au moins une fois dans une autre langue que le français. Il s’agit d’une hausse par rapport à 2010 (27 %) et à 2012 (40 %). Plus de la moitié (59 %) de la clientèle des commerces de la région soutenait aussi avoir été accueillie au moins une fois de manière bilingue (français-anglais). »

Lorsqu’il est question de magasinage en ligne, l’anglais prédomine. Les données indiquent qu’« en naviguant sur un site en anglais, la moitié des francophones (51 %) cherchaient la version du site en français pour continuer leur magasinage, alors qu’une majorité d’anglophones (97 %) et d’allophones (75 %) préféraient continuer en anglais », nous informe l’OQLF.

Il n’est donc pas étonnant que l’anglais soit devenu une langue à maîtriser pour postuler à un emploi, même si 80 % des répondants au sondage de l’OQLF disent travailler presque exclusivement en français. Ceci représente une régression de 2 % depuis 2011.

La tendance devient lourde, plus le commerce s’approvisionnant à l’international, plus la communication en anglais étant jugée essentielle. Les employeurs cherchent donc à s’assurer que ce besoin de communication soit adéquatement rempli, avant d’affirmer la particularité de vivre en français dans le milieu de travail.

Une question de fierté ?

Cette dégradation lente, mais constante, du français dans plusieurs sphères de la vie quotidienne inquiète les Partenaires pour un Québec français, une coalition d’organisations civiles et syndicales qui réclame la création d’un poste de Commissaire à la langue française par l’Assemblée nationale.

« Une langue qui n’est plus utile pour obtenir un emploi, une langue qui ne fait plus rêver, c’est une langue qui s’affaiblit », écrivent les signataires de la lettre qui en fait la demande. L’organisation a soumis 53 recommandations pour augmenter la fierté de vivre et de se divertir en français au Québec.

 

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À propos de l'auteur

Denise Proulx

Denise Proulx est une journaliste indépendante depuis trois décennies. Elle a travaillé dans la plupart des magazines et médias de masse, tant à l’écrit qu’à la télévision, pour lesquels elle a couvert une multitude de questions régionales, nationales et internationales. Au fil des années, Denise Proulx s’est spécialisée en économie, environnement et en agriculture. Parallèlement à sa passion pour le journalisme, elle enseigne les enjeux de l’environnement à l’Institut des sciences de l’environnement à l’UQAM. Citoyenne engagée, elle participe à des actions citoyennes en faveur de la protection de la nature.

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